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UN AMATEUR peut il pratiquer LA PHYTOTHERAPIE ?

par le Docteur Loubet (Bordeaux), Membre de la S.F.P.A.

Lors de nos consultations nous sommes amenés à rencontrer principalement deux catégories de patients : ceux qui sont adeptes des thérapeutiques dites naturelles depuis l'enfance et ceux qui y sont venus plus tardivement.

Les premiers, si la nature les a dotés d'une bonne santé ou s'ils ont été traités par des praticiens compétents, il est généralement aisé de les maintenir dans leur bon équilibre, sauf accident inopiné toujours possible.
Nous rencontrons un certain nombre de patients qui ont eu recours en automédication à des thérapeutiques qu'ils ne maîtrisaient pas ou qui leur étaient inadaptées, souvent guidés par des "gourous". Nous avons été amenés à découvrir des situations parfois catastrophiques engendrées par une mauvaise maîtrise de tels usages.
Ainsi en est-il de personnes qui, soignant un symptôme apparent, laissent évoluer une pathologie grave sous-jacente dont ils ignorent l'existence ou dont ils ne mesurent pas la sévérité.

Nous pourrions par exemple, vous parler du cas de cette femme de la cinquantaine qui présentait une colite avec troubles du transit intestinal. Le traitement prescrit par un naturopathe l'avait en partie soulagée. Elle supportait avec patience et résignation ses symptômes. Par ailleurs, elle souffrait d'une insuffisance rénale débutante que le traitement de naturopathie n'améliorait pas. C'est pour cette raison qu'elle vint consulter en phytothérapie clinique.

Après un interrogatoire minutieux et un examen attentif de la patiente, le diagnostic de cancer du colon fut envisagé et une coloscopie demandée. La confirmation du diagnostic fut apportée et le traitement médico-chirurgical entrepris. Traitée et surveillée, cette patiente se porte comme un charme dix ans plus tard.
Que serait-il advenu de cette patiente cancéreuse si elle n'avait pas présenté cette affection rénale qui l'a conduite à consulter ?

Cette aventure doit nous amener à une conclusion qui tombe sous le sens quand on réfléchit quelque peu : avant de faire un traitement, il faut avoir posé un diagnostic, et le plus exact possible. La complexité des maladies dans leurs manifestations est telle que même des médecins bien formés peuvent commettre des erreurs. A combien plus forte raison chez des soignants qui n'ont fait ni stages hospitaliers ni nombreuses années d'études et dont la formation se résume à avoir assisté à quelques séminaires organisés par des personnes aussi peu compétentes qu'eux-mêmes ?

D'autres patients de leur propre initiative, prennent des plantes médicinales en quantité trop importante ou sur des périodes trop longues. Comment pourraient-ils envisager qu'une nouvelle pathologie intercurrente puisse être induite par la prise de leur traitement. Le problème est d'autant plus aigu et critique que parfois la prise de plantes médicinales n'est pas faite dans un but thérapeutique mais simplement par goût.

C'est le cas de cette jeune femme qui prenait un litre de tisane de thym chaque jour depuis des années. Elle en aimait bien la saveur. Hélas, car cette automédication non contrôlée a fini par provoquer une insuffisance de son système para-sympathique avec apparition de troubles hormonaux secondaires, ces derniers lui faisant courir un risque de grave maladie gynécologique.

A travers cet exemple nous voyons qu'il faut être prudent et vigilant. La prise de plantes médicinales n'est pas un acte anodin. Il faut donc conseiller aux amateurs de tisanes, de varier les plantes qu'ils boivent en infusion afin qu'un effet non désiré n'ait pas le temps de subvenir sous l'effet d'un usage trop prolongé de la même plante.

Dans le premier exemple nous avons vu la nécessité de faire un bon diagnostic avant d'établir un traitement. Ici, nous voyons la nécessité de très bien connaître les propriétés des médicaments que l'on utilise, surtout s'il s'agit de plantes. En effet, une même plante médicinale présente généralement plusieurs propriétés. Il faut donc veiller à ce que l'une ou l'autre d'entre elles ne soit pas contre-indiquée chez le patient en question.

Par exemple, si une femme souhaite prendre de la Sauge parce qu'elle a lu que cette plante pouvait soulager ses troubles digestifs, il faut savoir que cette plante a une action de stimulation de la production d'oestrogènes par l'ovaire. Vous comprenez alors que vous pourriez favoriser par exemple la survenue d'un cancer du sein ou de l'utérus si cette femme a une fonction oestrogénique élevée car les oestrogènes en excès peuvent orienter vers ce type de trouble grave.

Une connaissance approfondie des plantes est indispensable, et il faut être très prudent à la lecture des ouvrages de phytothérapie, car la majorité d'entre eux renferme des erreurs : les auteurs se contentent généralement de s'inspirer de livres déjà écrits, recopiant ces erreurs qui se transmettent ainsi au fil des générations. C'est pour cette raison que certains médecins de la S.F.P.A., sous la direction des Docteurs Duraffourd et Lapraz, ont entrepris d'écrire un recueil original de monographies de plantes médicinales, à usage professionnel, afin de mettre à jour la réalité de leurs propriétés thérapeutiques.

Il est nécessaire, avant toute prescription phytothérapique, de faire un interrogatoire détaillé et un examen clinique complet afin d'avoir une connaissance la plus parfaite possible de la personne à traiter pour ne pas lui faire courir de risques sur un organe en voulant en soigner un autre.

La deuxième catégorie de patients est représentée par ceux qui se sont tournés vers ces méthodes plus tard dans leur vie, suite à des déceptions causées par la médecine qu'ils utilisaient.

Déception devant des traitements inefficaces ou aux effets secondaires nuisibles. Déception face à une prise en charge trop parcellaire par la médecine officielle, conscients qu'on leur soignait tantôt un organe, tantôt l'autre, mais sans jamais se soucier des relations que ceux-ci pouvaient avoir entre eux, ou des relations qui pouvaient les relier à l'ensemble de l'organisme.

Tel est le cas de ce patient âgé de cinquante deux ans, soigné pour un psoriasis (maladie de peau) depuis des années avec de la cortisone. Une tentative de sevrage de ce produit a provoqué l'apparition d'une insuffisance surrénale aigüe avec coma nécessitant une réintroduction immédiate de ce médicament. Le malade est ainsi condamné à vie à prendre des comprimés de corticoïdes.

Des années plus tard une ostéoporose s'installa. Il s'en suivit une fracture d'une vertèbre lombaire, et une baisse des défenses immunitaires qui provoqua une infection générale des lésions cutanées qu'il présentait. Une telle cascade de complications aboutit chez cet homme à une dépression nerveuse. Le dernier traitement qui lui est proposé consiste à appliquer une pommade destinée à limiter la prolifération des cellules cutanées et indiquée dans certains cancers de la peau. Ne peut-on pas redouter qu'une nouvelle pathologie vienne compléter ce dramatique tableau ?

Ce malade est toujours porteur de psoriasis, et des maladies graves mettant son pronostic vital en jeu ont été induites. On conçoit que dans de tels cas , les patients aient envie de chercher une nouvelle approche de leur maladie.

On pourrait citer maintenant un cas moins grave heureusement, mais très riche d'enseignement. Il s'agit d'une femme de la quarantaine qui a déclenché il y a quelques mois, une maladie de Basedow, hyperthyroïdie d'un type particulier. Soignée par phytothérapie traditionnelle, elle absorbait des plantes connues classiquement pour freiner la thyroïde. Au bout de trois mois, devant l'absence de résultat, elle se décida à consulter dans le cadre de la phytothérapie clinique.

Dans une approche telle que la propose la théorie endocrinienne du terrain du Docteur Duraffourd l'abord du malade est différent.

Contrairement à ce qui se fait en phytothérapie traditionnelle, ou en homéopathie ou en médecine officielle, on ne se limite pas à vouloir soigner le symptôme d'hyperthyroïdie, mais on détermine les causes profondes qui ont amené la patiente à développer ce trouble hormonal. Grâce à une stratégie thérapeutique directement fondée sur cette approche, on a pu obtenir en un mois, une normalisation de ses taux hormonaux sans utiliser des plantes réputées freinatrices de la thyroïde mais en agissant sur les éléments générateurs de ce déséquilibre.

Cette patiente poursuit depuis plusieurs mois son traitement de phytothérapie clinique, adapté en fonction de l'évolution clinique et biologique. Le but fondamental est de l'aider à retrouver l'équilibre dans lequel elle se trouvait avant sa maladie.

Un tel exemple illustre le fait que les plantes à action antithyroïdienne utilisées de façon traditionnelle ne sont pas assez puissantes pour bloquer une thyroïde qui s'emballe, comme on pourrait le faire avec certains médicaments de synthèse. Mais utilisées dans une stratégie globale bien conduite, des plantes n'ayant pas obligatoirement une action directe sur la thyroïde peuvent aider au traitement d'une affection aussi grave que peut l'être une maladie de Basedow.

Pour terminer ce rapide tour d'horizon par une note plus gaie, nous pouvons citer le cas d'une jeune femme qui désirait une troisième grossesse.

La première s'était passée au lit. Malgré un traitement hormonal à base de progestérone bien suivi, des contractions utérines avaient induit un accouchement prématuré.
La deuxième grossesse s'était terminée elle, à trois mois par une fausse couche.
Ayant entendu parler des résultats obtenus en phytothérapie clinique, cette jeune maman souhaita tenter l'expérience.

Un traitement de rééquilibration hormonale fût entrepris pendant trois mois avec des plantes à visées thyroïdienne, hépatique et ovarienne, puis le feu vert fut donné pour mettre en route une grossesse.
Celle-ci démarrée, nous avons stimulé ses ovaires de façon à lui faire sécréter les hormones nécessaires au bon déroulement de sa gestation, en adaptant le traitement en fonction des différents stades évolutifs de la grossesse et en fonction des résultats des analyses de sang. D'autres plantes étaient associées : antispasmodiques utérines, anti-ocytociques, vasculotropes, reminéralisantes. Quinze jours avant le terme prévu, le traitement fut complétement modifié de façon à préparer l'accouchement.

Au total, la grossesse fut menée à terme, sans alitement, sans contraction menaçante. L'accouchement se déroula sans problème et assez rapidement, et c'est ainsi qu'une charmante petite Claire nous est née.

A travers ces différents cas, nous voyons l'intérêt qu'offre la phytothérapie clinique. En effet, les plantes médicinales sont actives, mais moins puissantes que les remèdes chimiques de synthèse. A condition de bien les utiliser, elles n'engendrent pas d'effets secondaires importants aux doses où nous les prescrivons. Mais par contre, pour être plus efficaces elles doivent être utilisées à la lumière des connaissances physiologiques et physio-pathologiques exprimées dans cette théorie endocrinienne du terrain. Ainsi les associations synergiques de plantes médicinales permettent-elles d'agir favorablement sur les points critiques de la réaction pathologique, tout en respectant les lois de la physiologie.

On obtient alors des résultats qu'on ne peut atteindre par les autres approches thérapeutiques.


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