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LA RENAISSANCE DE LA MEDECINE PAR LES PLANTES AU JAPON

dans LES BONNES FEUILLES - 4

PHYTO 2000

Nous nous sommes réunis, dans le cadre de notre deuxième Assemblée Générale, à la Maison de l'Europe, dans le quartier du Marais, à Paris, le 4 février 1995, entre usagers de la Phytothérapie. Le procès-verbal en a été adressé à tous les adhérents.
Prolongeant cette réunion, un médecin belge, membre de l'Union Phytothérapique Belge, et deux médecins de la S.F.P.A. (Société Française de Phytothérapie et d'Aromathérapie) ont fait des exposés dont vous trouverez ci-dessous les résumés.

Le vaste courant en faveur de la réintroduction des plantes médicinales au sein de la médecine classique n'est pas propre à l'Europe. Ainsi, en Orient, des groupes de médecins se sont constitués depuis de nombreuses années pour revaloriser leur usage traditionnel au travers d'une approche plus scientifique. C'est dans le but de faire connaître l'association dont il est le secrétaire général, et d'établir des échanges avec la FIADREP que le docteur Motohiro Saku a rencontré à Paris les docteurs C. Duraffourd et J.C. Lapraz. Cette fédération (Association for Modernized Promotion of Asian Traditional Medicines) regroupe actuellement douze pays Inde, Indonésie, Japon, Corée, Laos, Malaisie, Mongolie, Népal, Philippines, Taïwan, Thaïlande et Vietnam.

La renaissance de la médecine par les plantes au Japon
l'intégration de la médecine traditionnelle "Kampo" dans la pratique médicale moderne.
par le docteur Motohiro Saku
Hôpital Hifuhkai Saku, Fukuoka, Japon

L'association AMDA accepte de compter au nombre de ses membres des guérisseurs de médecine traditionnelle. Ceci doit permettre d'établir une coopération véritable entre la médecine moderne et la médecine alternative, et de faire face au défi qu'une telle confrontation représente. D'après mon expérience personnelle des médecines traditionnelles en Chine, en Thaïlande et en Inde, ce n'est pas une tâche facile. L'AMDA devrait mettre au point des solutions réalistes pour qu'une communication constructive entre membres de différentes formations s'établisse. Actuellement, la médecine par les plantes est pratiquée de façon importante à l'intérieur du cadre de la médecine moderne japonaise. A la connaissance de l'auteur, le Japon est le seul pays où les médecines traditionnelles sont utilisées en harmonie avec la médecine moderne. La recherche scientifique est aussi menée de façon intensive. La situation est si unique que cela nécessite une explication détaillée pour qu'elle soit comprise par des étrangers.

La médecine par les plantes, isolée de la médecine moderne.

Il n'existe que quelques rares pays où la médecine traditionnelle coexiste avec la médecine moderne, et d'autres où des remèdes traditionnels sont utilisés principalement par les guérisseurs traditionnels qui ne sont pas des médecins de la médecine moderne.
En Chine ou en Inde, par exemple, les médecines traditionnelles sont hautement protégées. Ainsi, il existe deux systèmes médicaux séparés (schoois, Ikenses, dinics, etc.) : l'un pour la médecine traditionnelle, et l'autre pour la médecine moderne.

En général, les médecins traditionnels utilisent seulement des méthodes traditionnelles, tandis que les médecins classiques appliquent leurs traitements modernes de façon indépendante. La compétition qui s'exerce de part et d'autre pour gagner des patients est telle qu'on assiste plus à une confrontation qu'à une coopération entre les deux types de conception. Les concepts théoriques radicalement différents sur lesquels s'établissent les deux médecines font obstacle à une compréhension mutuelle. Les diplômés des écoles de médecine traditionnelle ont le handicap de ne pas avoir reçu de formation scientifique objective. Parfois de telles réalités conduisent à des condamnations mutuelles évidentes.

La médecine par les plantes en tant que partie de la médecine moderne au japon.

Le Japon est une exception. Il existe des médecins et des pharmaciens modernes formés scientifiquement et qui pratiquent la médecine par les plantes appelée "Kampo". Ainsi, elle est pratiquée de façon ouverte devant la science moderne, et moins perturbée par de vains conflits sociopolitiques tels que ceux que l'on peut observer dans d'autres pays.


Histoire de "Kampo"

Pour comprendre pourquoi et comment cette situation a émergé, il faut se replonger dans l'histoire. La médecine chinoise a été introduite au Japon au cours des septième ou huitième siècle; à l'origine "kampo" voulait dire "la méthode chinoise". Depuis, cette médecine a été le système médical autorisé dans tout le pays jusqu'à ce qu'il soit remplacé par la médecine occidentale. A la fin du dix-neuvième siècle, le gouvernement de Chen Meiji décida d'adopter la médecine allemande et abandonna la médecine traditionnelle japonaise.

Cette transformation, conséquence obligatoire de la politique globale de modernisation et d'occidentalisation, fruit du slogan "Fukoku-Kyohei" (enrichir le pays et renforcer l'armée), a été complètement réalisée.
La médecine traditionnelle "Kampo" a décliné jusqu'à la limite de l'extinction. Un petit nombre de tradipraticiens et quelques médecins, conscients de sa valeur, réussirent difficilement à conserver cette tradition. Mais ce fut possible à cause de la profonde popularité que cette pratique conservait dans les couches populaires, bien qu'elle ait été totalement méprisée et négligée depuis lors par la médecine.

L'adoption de la médecine traditionnelle "Kampo" dans le système d'assurances de santé

La tendance à la revalorisation de la médecine traditionnelle "Kampo" survint après la deuxième guerre mondiale, parce qu'on commençait à prendre conscience alors de quelques points de faiblesse de la médecine moderne, tels que les effets secondaires dangereux et un relatif manque d'efficacité sur les maladies chroniques liées à l'âge. La Société Japonaise pour la Médecine Orientale a été créée en 1950, et un institut moderne de recherche en médecine orientale ouvert en 1972. Cet événement fut sans doute le plus important pour l'adoption de la médecine traditionnelle "Kampo" dans le système de santé, puisque c'est en 1976 que diverses préparations à base de plantes ont été admises au remboursement par le système gouvernemental d'assurances. Mais seulement pour des poudres réalisées à partir de remèdes végétaux, et après qu'elles aient été approuvées au terme d'un strict contrôle de qualité.

Les récentes techniques de fabrication développées par plusieurs firmes de premier plan rendirent ce contrôle possible, et la qualité des produits absorbés par les patients beaucoup plus sûre.
On dispensa les plantes médicinales des strictes évaluations orthodoxes pharmacologiques qui sont exigées pour toute nouvelle drogue moderne, considérant que leur longue utilisation historique équivalait à de telles évaluations.

Cette décision doit beaucoup au dynamisme du docteur Takemi, qui présidait alors l'Association des médecins japonais.

Mais en fait, seuls quelques médecins comprirent l'importance de la médecine traditionnelle (Kampo) à cette époque, même si une tendance à sa revalorisation se dessinait déjà. C'est parce qu'ils eurent la chance d'avoir un président politiquement puissant, qui se trouvait être familier avec ce type de médecine, que les japonais prirent ce tournant.

Une résurgence de "Kampo"

Comme les préparations de médecine traditionnelle (Kampo) étaient rendues facilement disponibles pour tout médecin, grâce aux arrangements économiques, davantage de praticiens commencèrent à utiliser les plantes, certains par le fait du hasard, d'autres à la demande des patients, ou parce que stimulés par un collègue médecin, ou encouragés par les publicités des compagnies pharmaceutiques de médecine traditionnelle (Kampo) etc...Ainsi, au travers de ces multiples occasions d'expérimenter son efficacité, davantage de médecins commencèrent à l'apprécier pour eux-mêmes.

Une étude montre le spectaculaire accroissement de la proportion de médecins qui utilisent les plantes. Le pourcentage de ceux qui ont répondu avoir prescrit la médecine traditionnelle "Kampo" est passé de 19.2% en 1976 à 78.9% en 1991, et le nombre de ceux qui l'utilisent de façon régulière, de 28.0% en 1979 à 69.0% en 1991. Les médecins membres de la Société pour la Médecine Orientale ont augmenté de façon spectaculaire, particulièrement depuis le début du système d'inscription comme spécialiste en médecine traditionnelle "Kampo" : de 700 en 1979, à 1.800 en 1989, et 8.000 en 1991 . Au plan économique, le marché de la médecine Kampo est passé de 29 milliards de yens japonais en 1979 à 165 milliards de yens en 1990.

Les défauts du type japonais d'adoption de la médecine par les plantes.

Cette situation unique en son genre de la pratique de la médecine par les plantes au Japon, telle que nous l'avons présentée, a aussi des aspects négatifs. D'abord, la majorité des médecins ont peu de connaissances sur la théorie originale de la médecine traditionnelle "Kampo". Ensuite, les types de prescriptions phytothérapiques admis par le système d'assurances concernent seulement les formes galéniques en poudres, et sont limités en nombre (environ 150).

A l'origine, la médecine traditionnelle "Kampo" était pratiquée selon les méthodes de diagnostic coutumier Sho, mettant l'accent sur les descriptions symptomatiques et la constitution physique. Ce système diagnostique est différent du concept moderne de classification des maladies.

Toutes les directives pour l'usage de la médecine traditionnelle "Kampo" sont décrites dans le traité diagnostique de Sho. La médecine traditionnelle "kampo" n'est pas enseignée dans les facultés de médecine. Aussi, les médecins qui s'intéressent à elle doivent-ils l'étudier par eux-mêmes après leur diplôme.
Une enquête menée en 1988 par la Société pour la Médecine Orientale montre que 32% des médecins qui la pratiquent l'ont apprise dans les livres, 19% au travers des textes publicitaires des compagnies pharmaceutiques spécialisées dans ce domaine, et seulement 17% avec des spécialistes de cette médecine. Il est donc évident que très peu ont une chance d'acquérir une information complète sur le système théorique de cette médecine traditionnelle "Kampo".

De nos jours, il existe même des médecins classiques qui la prescrivent presque uniquement au travers du savoir médical occidental, car plusieurs formulaires de prescription facilement utilisables, et spécialement conçus pour eux, ont été édités.

Ce dernier type d'approche provoque une diminution du nombre des spécialistes orientés vers la tradition et pourrait réellement conduire à une application superficielle erronée de la médecine traditionnelle "Kampo".
Les drogues en poudre conditionnées, dont chacune renferme 5 à 15 variétés de végétaux, ont un nombre déterminé de plantes et ne permettent pas les ajustements précis que nécessité la constitution spécifique de chaque patient.

Accumulation de preuves scientifiques de son efficacité.

Il existe deux courants à l'origine de la résurgence de la médecine traditionnelle "Kampo". Un groupe de gens essaie de la faire revivre comme elle était originellement. Ils étudient de vieux livres et accordent une crédibilité totale à la théorie traditionnelle telle qu'elle a été écrite. Mais une majorité de médecins, qui sont impliqués depuis peu dans cette pratique, essaient de la comprendre d'un point de vue scientifique.
Dans le même temps où son usage médical s'est développé, de plus en plus de recherches fondamentales et cliniques ont commencé à être menées, et ont démontré sa réelle efficacité dans différents domaines. Les secteurs les plus évidents concernent les allergies, les maladies du foie, les troubles neurovégétatifs, certaines maladies de peau, la stérilité, les maladies auto immunes, les états d'amaigrissement dus à diverses causes etc...

Des essais en double aveugle à l'échelle du pays sont inscrits par le ministre de la santé sur des programmes qui vont bientôt se mettre en place. Ce sera la première évaluation systématique de la médecine par les plantes dans l'histoire du monde.

L'un des points très intéressants, c'est que plusieurs types d'effets, qui se manifestent dans les méthodes douces et d'autoguérison, semblent inconnus de la médecine moderne. Par exemple, plusieurs études scientifiques montrent avec ce type de médecine de sérieuses possibilités d'un renforcement du système immunitaire, d'une normalisation des cellules malignes, et d'un soutien des fonctions physiologiques de l'être humain. Comme chaque prescription phytothérapique renferme un grand nombre de composants et semble agir par des effets synergiques, il est difficile d'appliquer la méthodologie de la recherche pharmacologique orthodoxe. On doit encore élucider si l'efficacité vient réellement d'une telle combinaison de divers composants, ou si elle est liée à un certain nombre de principes actifs majoritaires comme l'envisagent les hypothèses pharmacologiques modernes orthodoxes. Ceci peut être l'objet d'un travail très intéressant.

Perspectives Futures

Le renouveau actuel des plantes médicinales n'est pas du tout incompatible avec la médecine moderne. En fait, l'histoire révèle que le développement de la pharmacologie moderne a commencé avec l'extraction des principes actifs à partir des drogues végétales. Par exemple, l'éphédrine a été isolée de l'Ephedra en 1885 et synthétisée en 1927, et ensuite introduite en médecine moderne. Cependant, la plante originale est utilisée non seulement pour une indication restreinte comme celle de l'éphédrine, mais pour un éventail plus grand d'efficacité qui lui est reconnu.

Y a-t-il un avantage certain à utiliser un matériel brut ? Un tel effet synergique existe-t-il réellement, ou peut-il éventuellement être compris dans des méthodes analytiques réductrices?

Depuis que la médecine traditionnelle "Kampo" est reconnue comme plus efficace que les drogues modernes dans certains états pathologiques, les questions précédentes ne manqueront pas d'être un objectif pour des recherches scientifique intensives.

Si l'efficacité et l'innocuité sont démontrées à travers l'expérience clinique du Japon, d'autres pays seront encouragés à introduire la médecine "Kampo", et d'autres médecines traditionnelles, dont la majorité subissent de grandes tribulations, à l'instar de Kampo sous l'ère de Meiji ou même avant 1976, seront peut-être stimulées par son succès. Le redémarrage de la médecine "Kampo" au Japon n'est en aucune manière une simple résurgence de la médecine traditionnelle mais une plate-forme nouvelle pour le développement médical moderne.


Notes :
1 - traduit de l'anglais par le Dr. Jean-Claude Lapraz
2 - NIKKEI MEDICAL, pages 31-34, 10, 1989
3 - TOYO IGAKUKAI SHINBUN, 1991
4 - NIPPON TOYO IGARU.ZASSHI, pages 47-73, 38 (3)


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